C’est
uniquement oralement et par la pratique que
le tavillonneur transmet son savoir-faire ancestral
sur les propriétés du bois, la
manière de le fendre pour confectionner
les bardeaux et la technique extrêmement
raffinée de mise en place des bardeaux
sur la charpente.
Par m2 de toit, il faut près de 250 tavillons et le savoir-faire
subtil du tavillonneur, maître dans l’art d’épouser
les irrégularités d’un toit ancien, ce que la tôle
ou l’éternit rigide et sans âme interdisent.
Voici donc les aspects spécifiques du métier de tavillonneur
qui en font non seulement un art mais aussi une entité réelle
de notre patrimoine culturel.
SOMMAIRE
1. INTRODUCTION
- Le bois,
en tant que matériau de couverture, à travers
les âges
- Disparition
progressive des toits de bardeaux
- Tavillons,
bardeaux, ancelles anseilles aisses, écailles
clavins .
2. LE MÉTIER DE TAVILLONNEUR
- Choix
des essences de bois
- Qualité du
bois
-
Préparation des bardeaux
- Pose des
bardeaux
- Pose en
façade
3. RENAISSANCE DES TOITS DE
BARDEAUX
- Question
de modes
- Raisons
pratiques
-
Raisons économiques
-
Raisons esthétiques
_____________________________________________________________________
1. INTRODUCTION
-
Le bois, en tant que matériau de couverture, à travers
les âges
Depuis
que l’homme a été capable
de construire son gîte, après être
sorti de sa caverne, il l’a tout
de suite recouvert de branchages. Ceux-ci
ont rapidement été remplacés
par des éléments en bois
qui, dès le néolithique,
ressemblaient assez précisément
aux bardeaux utilisés encore actuellement.
Les plus anciens bardeaux découverts en Suisse romande remontent à l’époque
gallo-romaine, quoiqu’une pièce partiellement carbonisée
découverte à Auvernier a été datée
entre 878 et 850 av J.-C.
Dans le canton de Soleure, on a découvert des bardeaux en
sapin rouge et blanc de grande dimensions : jusqu’à plus
de 1m de longueur pour une largeur de 7 à 8 cm. La datation
indique une période comprise entre les années 7 et
70 après J.-C.
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A
l’époque médiévale,
les renseignements sont peu abondants.
On sait cependant que le château
de Chillon, au XIIIème siècle, était
couvert de bardeaux, remplacés
déjà en 1301 par la tuile
rectangulaire vernissée.
Au Moyen Age, l’utilisation des tavillons ou bardeaux était
très courante et constituait, avec le chaume, l’essentiel
des couvertures.
Ces anciens bardeaux découverts sont plus larges et plus
longs que ceux utilisés de nos jours mais les méthodes
de fabrication étaient pratiquement les mêmes que
celles utilisées par les tavillonneurs actuels.
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-Disparition
progressive des toits de bardeaux
Toutes les habitations ou presque étaient recouvertes de bardeaux
ou tavillons jusqu’à l’apparition de la tuile plate,
au début du XIVème siècle. Mais on peut dire que
la tuile ne commence véritablement à remplacer le bardeau
qu’à partir du XVIIème et XVIIIème siècle
principalement en plaine, les régions de montagne restant fidèles à la
couverture en bois pour des raisons évidentes de transport. Il
est plus facile d’utiliser les bois présents sur place que
de transporter des tuiles sur des dizaines voir centaines de km en foncton
des voies de communication de l’époque.
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Il
n’est pas rare non plus, à cette époque,
de voir naître une association « tavillon – tuile » ;
une partie tuiles, une partie tavillons,
glissés sous la jointure des tuiles
posées en lignes verticales.
C’est depuis la fin du XIXème siècle que des
matériaux de substitution s’implantent sérieusement
et semblent prédire une mort certaine à moyen terme
au bardeau ou au tavillon (question d’appellation traitée
lors d’ un prochain chapitre). C’est le cas principalement
en plus de la tuile, de la tôle, de l’éternit,
de la tuile-béton ou même de l’ardoise.
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Il
faut également préciser
que de plus en plus, les fermes traditionnelles
se sont transformées et agrandies
pour renfermer, en plus des locaux précédemment
destinés à l’hébergement
du bétail et de la famille exploitante,
une partie « grenier » ;
ce qui a considérablement augmenté les
risques d’incendie. Les prescriptions
de l’assurance incendie, dans certains
cantons et jusqu’à une époque
récente, ont prétérité les
toits en bois en encourageant des matériaux
moins inflammables. Jusqu’au XIXème
siècle on a vu de grands incendies
ravager des villages entiers.
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Tavillons, bardeaux, ancelles anseilles
aisses, écailles clavins…………
Ces dénominations sont locales et correspondent grossièrement
au même type de couverture mais il existe, au niveau de la fabrication
comme à celui de la pose, de petites différences d’une
région à l’autre.
Nous allons nous concentrer ici sur la différence entre le bardeau,
utilisé principalement dans le Jura et en Franche Comté et
le tavillon ou tavaillon beaucoup plus répandu en Gruyères,
dans le Pays d’En haut, en Haute Savoie et en France voisine en
général.
Le bardeau, quant à sa
pose, peut grossièrement être
comparé à une « tuile en
bois ». Il est plus épais que
le tavillon et ne possède qu’un
recouvrement horizontal + un vertical ce qui
représente 4 couches de bois.
Les tavillons sont plus minces mais se posent généralement à double
recouvrement avec une superposition verticale des rangées de 10 à 11
cm et une superposition horizontale de 3 à 5 cm. L’épaisseur
de la couche comporte ainsi 12 tavillons superposés.
Dans la suite de ce reportage,
il sera fait mention indifféremment
de tavillons et de bardeaux alors que les artisans
qui les travaillent seront les tavillonneurs.
2. LE METIER DE TAVILLONNEUR
-
Choix des essences de bois
Ce choix dépend avant
tout des disponibilités en fonction des régions.
On ne va pas faire des tavillons de châtaignier
dans le Jura et des tavillons d’épicéa
dans le sud de la France. Au vu de ce qui précède,
on peut, sans risque de se tromper, affirmer que
les tavillons peuvent être faits en plusieurs
essences (les principales étant : le chêne,
le châtaignier et le mélèze)
alors que les bardeaux sont essentiellement fait
en épicéa rouge ou blanc.
-
Qualité du bois
Le bois doit être
d’excellente qualité, exempt
de nœuds (donc de branches) et de
vermine. La bille choisie est d’un
bon diamètre. Les fibres doivent être
droites, concentriques et régulières
; l’écorce doit être « alignée ».
Le tavillonneur, souvent en collaboration avec le garde-forestier,
choisit ses bois « sur pied ». Il prend soin
de prévoir l’abattage de fin novembre à début
mars, lorsqu’il n’y a plus du tout de sève dans
l’arbre. Cet abattage se fera de plus quand le dernier quartier
de la lune décroit, à la lune rouge ; le bois ne noircira
pas car il n’a plus de résidu de sève. Par contre
on dit que : « coupé à la lune noire, il
noircit très vite ; il charbonne ».
Le tavillonneur choisit également son bois en fonction de
l’altitude à laquelle il a crû (entre 1000 et
1600 mètres en ce qui concerne l’épicéa),
et de l’endroit, pas trop venteux, de manière à ce
que les fibres soient le plus « longiforme » possible.
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Préparation des bardeaux
La bille sélectionnée en fonction de sa qualité est
coupée en morceaux d’environ 50 cm de longueur ; là, à nouveau,
cette longueur a varié au cours des âges et varie
encore actuellement selon les régions.
Ces morceaux de billes appelées « meules » ou « moules » sont
ensuite débités en « quartiers ».
Ceux-ci sont tout d’abord écorcés à la
hache puis affranchis de leur aubier (partie tendre sous l’écorce)
et de leur cœur.
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Ils sont ensuite taillés
dans la largeur désirée
(en principe de 13 à 16 cm)
avant d’être fendus à l’aide
du « fer à tavillons » que
l’on engage en frappant avec
une « mailloche » puis,
par un mouvement de va et vient imprimé au
manche du fer, on fait éclater
le morceau dans le sens des veines.
On dit alors qu’ils sont « refendus
dans le fil » Il est très
important que la veine du bois ne soit
jamais coupée sur la face exposée
aux intempéries et qu’aucun
nœud ne puisse permettre quelque
infiltration d’eau que ce soit.
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Chaque
tavillon est ensuite « chanfreiné » (taillé en
biseau) sur sa partie supérieure
afin d’éviter les surépaisseurs
dues au recouvrement horizontal.
Ce travail terminé, tous les tavillons sont alors regroupés
en paquets solidement ficelés en respectant l’ordre
dans lequel ils ont été fendus. Ces paquets sont
alors stockés dans un endroit abrité en attendant
d’être posés. En cas de stockage prolongé,
les tavillons seront trempés dans un bassin rempli d’eau
afin d’éviter un éclatement lors du clouage.
Il est important lors de la pose que les tavillons se superposent
dans le même ordre de leur préparation de manière à ce
qu’ils se recouvrent le plus parfaitement possible.
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Précisons que tous
ces travaux de préparation sont effectués à la
mauvaise saison juste après l’abattage.
Le bois est donc vert mais complètement
exempt de sève.
- Pose des bardeaux
Il existe également différentes techniques de posage des
bardeaux et chaque tavillonneur a ses petits « trucs », mais
les règles de base restent les mêmes.
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On commence toujours
le travail de pose par le bas. Les
tavillons du premier rang sont alignés à l’aide
d’une ficelle. Ils sont plus
courts (env. 20 à 30 cm de longueur)
; la couche suivante, composée
de tavillons normaux recouvre entièrement
la première. Ceci permet de
doubler l’épaisseur du
toit où l’usure due à l’eau
de ruissellement est la plus importante.
On continue l’alignement des
rangs suivants et on monte petit à petit
le pan du toit.
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Le
problème des faîtages est
résolu au cas par cas en fonction
des problèmes, des techniques
et des régions, mais en principe,
on réalise un « lignolet » à savoir
un recouvrement d’un pan (le plus
exposé aux intempéries)
sur l’autre.
Il est important que les planchettes de lambrissage sous les bardeaux
ne soient pas « jointives » (collées
les unes aux autres) pour permettre une bonne ventilation et éviter
ainsi le pourrissement.
Les grandes différences apparaissent au niveau du recouvrement
et à celui de la fixation.
En cas de recouvrement vertical simple il faut compter environ
100 unités au m2 ; par contre en cas de recouvrement vertical
et latéral ça peut aller jusqu'à 250 pièces
au m2.
Quant à la fixation, les bardeaux sont très souvent
fixés avec des clous. Les anciennes techniques prévoyaient
des retenues par des pierres et des barres de bois plutôt
que des clous, d’une part parce que les clous de l’époque,
forgés un à un, étaient beaucoup trop chers
et d’autre part, parce qu’on cherchait à retenir
la neige sur le toit non comme isolant, mais pour l’eau qui
alimentait la citerne.
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-
Pose en façade
Les bardeaux se posent également en façade. On parle alors
plus volontiers de tavillons.
Dans ce cas, le recouvrement est moindre et la longueur du tavillon est
réduite en conséquence. L’important est que les tavillons
soient cloués contre des planches non jointives, elles-mêmes
fixées à des carrelets verticaux de manière à assurer
une bonne circulation d’air indispensable à la conservation
du revêtement.
Relevons aussi que c’est principalement contre les façades
que le tavillonneur a l’occasion de donner libre cours à son
sens esthétique (croisillons, soleils, arrondis, tavillons à découpe,
lignes ondulées, etc…).
Sur
certaines fermes jurassiennes le recouvrement
d’une chape de tavillons sur façade
s’est faite dans un deuxième
temps. En effet, au cours de travaux
d’agrandissement, certaines fermes
ont été « retournées ».
En ajoutant un étage, on tourne
le toit d’un quart de tour et la
façade principale devient alors
façade latérale. La pose
de tavillons avait pour but de la protéger
contre les intempéries.
Il existe plusieurs de ces fermes dite « mal tournées » en
Suisse, dans le Jura neuchâtelois, vallée de la Sagne
et des Ponts de Martel, en particulier.
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3. RENAISSANCE DES TOITS
DE BARDEAUX
Depuis plusieurs années
maintenant, on remarque une recrudescence
des toits en tavillons ou en bardeaux alors
que cette technique tombait en désuétude
faute d’artisans et de demandes il
y a une trentaine d’années encore.
Cette recrudescence est encourageante et a plusieurs raisons :
-
Question de mode
La principale est certainement la recherche de l’ « authentique »,
du naturel et du typique dans l’utilisation des matériaux,
la préservation du patrimoine et son adéquation avec
les nouvelles valeurs du développement durable, de la protection
de l’environnement et de l’écocitoyenneté.
-
Raisons pratiques
° La longévité d’un toit de bardeaux est tout-à-fait
comparable à celle d’un toit de tuiles, sinon supérieure
et dépend avant tout de la pente du toit (plus elle est forte plus la
durée de vie sera longue) et de l’essence du bois utilisé (de
60 à 80 ans pour un toit recouvert de bardeaux en épicéa).
° Le poids des bardeaux étant bien inférieur à celui
des tuiles il en résulte une différence quant à la conception
de la charpente devant les supporter.
° Aucun entretien particulier n’est prévu sur un toit de bardeaux.
Le « grisage » du bois n’est pas une altération de celui-ci
mais il s’agit d’un processus normal qui fait d’ailleurs l’un
des charmes du matériau. Les sels minéraux remontent à la
surface du bois où ils forment une couche protectrice naturelle donnant
une couleur grise au bois.
° Et enfin le bois est un excellent isolant thermique, bien supérieur à l’éternit, à l’ardoise
ou à la tuile.
-
Raisons économiques.
° En Suisse, certains cantons allouent des subventions aux propriétaires
rénovant ou construisant un toit en bois.
En France, l’utilisation du tavillon est dorénavant
régi par un cahier des règles professionnelles tant
au niveau de sa fabrication que de sa pose. Le Centre technique
du bois et de l’ameublement a aussi officialisé l’utilisation
du tavillon en épicéa pour la couverture des toits.
° D’autre part, des techniques plus modernes simplifient la tâche
des tavillonneurs quant à la fabrication des bardeaux en garantissant
la même qualité, ce qui permet à ces derniers de rivaliser
de plus en plus, financièrement parlant, avec les charpentiers et couvreurs
habituels ; mais attention de ne pas confondre avec les bardeaux de mauvaise
qualité produits mécaniquement et qui ne peuvent être utilisés
que comme sous-couverture.
-
Raisons esthétiques.
° En plus des raisons citées plus haut, le toit de bardeaux vieillit
bien, en tout cas mieux que la tôle ou l’éternit et même
que la tuile.
° De plus, selon le type de construction et le lieu où elle se situe,
le toit de bardeaux n’offre pas de comparaison avec tout autre revêtement.
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André Beuret
contact: contact@artisanat.ch
(Vos précisions et compléments à ce reportage seront
reçues avec intérêt)
Références
et liens :
"LES
METIERS DU BOIS" Editions Cabédita. CH-Yens
s/Morges
Ekopédia: http://fr.ekopedia.org/Bardeaux_de_bois
L'Art du tavillon: http://www.lyoba.ch/moura/art.htm
Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Tavaillon
Conf. Glauser: http://www.sngenealogie.ch/comptes_rendu/2007_03_12_comptes_rendu_fr.htm
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